- 01La santé mentale n’est pas un tabou. C’est une ignorance.
- 02Qu’est-ce que ça change vraiment, pour une entreprise, de s’intéresser à la santé mentale ?
- 03Par où commencer ? Pas par des formations qui “boostent” l’énergie
- 04La méthode A.I.D.E.R. : comment vraiment aider
- 05Les déterminants de la santé mentale : ce n’est pas que psychologique
- 06Sens, utilité, reconnaissance : les piliers vraiment importants
- 07Burn-out, dépression, anxiety : qu’est-ce qu’on confond vraiment ?
- 08Comment savoir qu’un collègue ne va pas bien, sans devenir psychologue
- 09Les peurs des managers (et comment les dépasser)
- 10Les ressources qui existent en France (et que peu de gens connaissent)
- 11Pourquoi les entreprises qui agissent maintenant gagneront
- 12Le vrai coût : ne rien faire
- 13Commencer aujourd’hui
En France, 53% des salariés connaissent une période de souffrance psychique sur 12 mois. Et selon l’OMS, 1 personne sur 4 sera concernée par un trouble de la santé mentale au cours de sa vie. Ces chiffres ne concernent pas des exceptions, des situations rares ou des gens particulièrement fragiles. Ils concernent le voisin de bureau, le collègue de l’équipe d’à côté, le manager du service commercial.
Pourtant, quand on parle de santé mentale en entreprise, la plupart des organisations ne savent pas par où commencer. Il y a une zone grise entre le rôle de l’entreprise, celui du manager, celui du collègue, et celui du professionnel de santé. Et dans cette zone grise, la réalité c’est que les gens souffrent en silence, que les équipes se fragmentent, et que rien ne bouge vraiment.
À travers ses interventions auprès de plus de 500 entreprises et ses échanges constants avec des collaborateurs et des managers, Catherine Testa observe que cette situation persiste parce qu’on confond deux choses : accompagner quelqu’un qui ne va pas bien, et le traiter. L’une est du ressort de tout le monde. L’autre, c’est le job d’un professionnel de santé. Quand on comprend cette distinction, tout change.
La santé mentale n’est pas un tabou. C’est une ignorance.
Le premier blocage n’est pas la stigmatisation, même si elle existe. C’est surtout qu’on n’a jamais appris. Quand quelqu’un a du mal à respirer, on le reconnaît. Quand quelqu’un ne peut plus se lever le matin, personne ne dit “c’est normal, ça va passer”. Mais quand quelqu’un traverse une dépression ou une crise d’anxiété, on dit “n’en parle à personne” ou “ce n’est pas grave, tout le monde stresse”.
Cette différence vient de l’éducation. On nous apprend depuis l’école à reconnaître les signes d’une bronchite. Personne ne nous enseigne les signes d’une dépression, d’un trouble anxieux ou d’une crise. Et au travail, on s’attend à ce que ça s’arrange tout seul, sans intervention, sans parole, sans rien.
Catherine Testa l’observe en permanence : les collaborateurs disent “j’en ai parlé à un collègue, il m’a dit d’en parler au manager. Le manager a dit d’en parler à la médecine du travail. La médecine du travail m’a dit d’aller voir un psychologue.” Et finalement, personne n’a vraiment aidé. Parce qu’on pensait qu’accompagner c’était diagnostiquer ou traiter.
Qu’est-ce que ça change vraiment, pour une entreprise, de s’intéresser à la santé mentale ?
Commençons par les chiffres, parce qu’ils parlent aux décideurs.
Selon les études, une personne en souffrance psychique coûte à l’entreprise en productivité perdue, en absentéisme, en présentéisme (être physiquement là mais ne rien produire), et en compensation de travail par les collègues. Mais l’intérêt d’une entreprise qui agit sur la santé mentale ne se limite pas aux coûts évités. C’est aussi l’engagement des collaborateurs, la rétention des talents, la qualité des relations de travail, et la capacité à attirer des talents qui veulent travailler quelque part où il y a une vraie parole sur ces sujets.
Mais au-delà des chiffres : une entreprise qui parle ouvertement de santé mentale, qui offre un cadre pour en parler, qui forme ses managers, envoie un message puissant. Elle dit : vous êtes humains, vous pouvez ne pas aller bien, et c’est normal. Et dans un monde où 64% des salariés ressentent régulièrement du stress au travail, ce message compte. Vraiment.
Par où commencer ? Pas par des formations qui “boostent” l’énergie
Le réflexe classique des entreprises est de proposer une journée de yoga, une conférence motivationnelle, ou pire, une “formation bien-être” qui explique aux gens qu’ils stressent trop et qu’il faut “se détendre”. Zéro impact.
Commencer vraiment, ça signifie :
1. Reconnaître qu’il y a un vrai sujet. Pas “tout va bien, juste un petit burn-out par-ci par-là”. Mais reconnaître les chiffres : 1 salarié sur 4 concerné, 22% seulement se sentent prêts à aider quelqu’un. Ce diagnostic honnête change la perspective.
2. Former les managers en priorité. Parce que le manager est la première personne que voit un collaborateur qui ne va pas bien. Soit il ou elle aggrave la situation (“c’est psychologique, tu dois être plus fort”), soit il ou elle ouvre une porte. Les managers ne savent pas comment réagir, pas parce qu’ils manquent de cœur, mais parce qu’on ne leur a jamais montré comment faire. Une bonne formation manager sur ce sujet change complètement la dynamique.
3. Créer des conditions pour que la parole soit possible. Cela peut passer par une sensibilisation collective, par des groupes de paroles, par une politique claire sur le secret médical et la confidentialité. Mais surtout, il faut que les gens sachent : si j’en parle à quelqu’un au travail, est-ce que ça va être rapporté ? Tenu contre moi ? Utilisé pour justifier une sanction ? Si la réponse est “oui”, personne ne parlera.
4. Connaître les ressources disponibles. Un bon manager sait à qui rediriger quelqu’un qui ne va pas bien. Est-ce qu’on a un psychologue du travail ? Un médecin du travail ? Une ligne d’écoute anonyme ? Un partenariat avec un prestataire ? Il faut que ce réseau existe et que tout le monde le connaisse.
La méthode A.I.D.E.R. : comment vraiment aider ?
Catherine Testa utilise une approche concrète dans ses conférences et sensibilisations : la méthode A.I.D.E.R.
Accueillir. Quand quelqu’un parle de son mal-être, le premier geste, c’est l’accueil. Pas “oh là là, c’est grave”, pas “ne t’inquiète pas, ça va passer”. Juste : j’écoute. C’est dingue comme ce geste simple est rare au travail.
Identifier. Essayer de comprendre sans diagnostiquer. “Ça dure depuis quand ? Est-ce que tu dors ? Est-ce que tu manges ? Est-ce que tu as vu quelqu’un pour en parler ?” On n’est pas médecin, on cherche juste à avoir les éléments de base.
Dialoguer. Avoir une vraie conversation. Partager aussi si c’est pertinent (“ça m’a touché aussi, pas de la même manière mais j’ai connu l’anxiété”). Créer du lien. Mais jamais prétendre savoir ce que vit l’autre.
Encourager. À aller voir un professionnel de santé. À parler à ses proches. À prendre soin de lui. Mais pas en disant “il faut”, plutôt “est-ce que tu as pensé à…?”.
Relayer. Savoir passer le relais. Si c’est grave, orienter vers un professionnel. Si c’est du ressort de l’entreprise (harcèlement, surcharge de travail, cadre dangereux), escalader auprès des bonnes personnes.
Cette méthode n’est pas une solution miracle. C’est un cadre pour que chacun fasse sa part.
Les déterminants de la santé mentale : ce n’est pas que psychologique
Souvent, quand on parle de santé mentale au travail, on met tout sur les épaules du salarié : “t’es stressé ? Fais de la méditation. T’es déprimé ? Bouge plus.” Comme si c’était une question de volonté individuelle.
La réalité, c’est que la santé mentale dépend de beaucoup de facteurs : le sommeil, l’activité physique, les relations sociales, l’environnement de travail, la charge de travail, l’autonomie, le sentiment d’utilité. Certains de ces facteurs sont du ressort de l’individu. D’autres non.
Une personne peut faire le meilleur yoga du monde. Si elle travaille dans un environnement toxique, avec 50 emails par jour et un manager qui refuse de déléguer, sa santé mentale ne s’améliorera pas. L’entreprise doit jouer son rôle : faire en sorte que les conditions de travail ne détruisent pas les gens.
Catherine Testa insiste sur ce point : la santé mentale au travail est une affaire collective, pas seulement individuelle. Oui, chacun doit prendre soin de lui. Mais l’organisation doit aussi prendre soin des gens qu’elle emploie.
Sens, utilité, reconnaissance : les piliers vraiment importants
Dans ses échanges constants avec collaborateurs et managers, Catherine observe quelque chose : les gens ne démissionnent pas d’un travail difficile. Ils démissionnent d’un travail sans sens, d’un travail où on ne voit pas leur utilité, d’un travail où on ne les reconnaît jamais.
Une personne peut être épuisée et continuer. Ce qu’elle ne peut pas supporter, c’est l’invisibilité. L’impression de ne pas compter. Le sentiment que rien de ce qu’elle fait ne sert à rien.
Pour une entreprise, ça signifie : donnez du sens. Montrez pourquoi le travail de chacun compte. Dites merci. Reconnaissez. Ce ne sont pas des “outils de bien-être” new age. C’est de la gestion basique de l’humain.
Burn-out, dépression, anxiety : qu’est-ce qu’on confond vraiment ?
Le DSM-5, le manuel de référence des troubles mentaux, en recense plus de 200. Mais dans le monde du travail, on parle surtout de trois choses : le stress, le burn-out et la dépression.
Le stress, c’est normal. C’est une réaction face à une charge ou une demande. Ça peut même être constructif. Mais quand le stress devient chronique et qu’il n’y a pas de respiration, ça se transforme.
Le burn-out, ce n’est pas un diagnostic psychiatrique à proprement parler (contrairement à la dépression). C’est une manifestation d’épuisement professionnel. Et ici, la part collective est énorme : surcharge chronique, demandes impossibles à tenir, manque de reconnaissance, perte de sens. C’est l’entreprise qui crée les conditions du burn-out, pas la faiblesse individuelle.
La dépression, c’est un trouble psychiatrique. Elle a des symptômes (perte d’intérêt, fatigue, troubles du sommeil, culpabilité) et elle dure. Elle nécessite une prise en charge par un professionnel de santé. Mais elle peut être déclenchée par des facteurs environnementaux. Et le workplace peut la compliquer ou l’améliorer.
L’enjeu pour une entreprise, c’est de reconnaître que : oui, certains troubles mentaux sont individuels. Mais les conditions de travail les aggravent ou les améliorent. Et pour le burn-out spécifiquement, c’est 100% lié à l’organisation du travail.
Comment savoir qu’un collègue ne va pas bien, sans devenir psychologue ?
Catherine Testa donne quelques signes que n’importe quel collègue ou manager peut observer : changement de comportement (quelqu’un qui était bavard devient silencieux), erreurs inhabituelles, baisse de productivité, absences plus fréquentes, retrait social. L’absence d’un sourire. La fatigue qui se voit dans les yeux.
Et c’est normal de remarquer ça. On n’est pas psychologue. On est juste attentif.
Ce qu’on ne fait pas : on n’assume pas. On ne dit pas “tu as l’air déprimé”. On ne propose pas un diagnostic. On demande simplement : “tout va bien ?” avec du vrai intérêt. Et si la personne dit “non”, on écoute sans juger.
Quelles peurs bloquent les managers, et comment les dépasser ?
Les managers sont généralement bloqués par trois peurs :
Peur 1 : “Si j’en parle, ça va s’aggraver.” Faux. Souvent, c’est l’inverse. Quelqu’un qui ose parler de ce qui le préoccupe commence déjà à se sentir moins seul.
Peur 2 : “Je ne sais pas quoi dire. Et si je dis quelque chose de mal ?” Normal de ne pas savoir. Mais “je ne sais pas ce que ça signifie” c’est honnête. Et c’est déjà plus qu’ignorer complètement.
Peur 3 : “Si la personne a un trouble psychiatrique, c’est mon problème.” Non. Ton problème, c’est de créer une ambiance où elle peut parler et où tu la rediriges vers les bonnes ressources. C’est tout.
Former les managers sur ces trois peurs dépasse les blocages rapidement.
Les ressources qui existent en France (et que peu de gens connaissent)
Il y a la médecine du travail, les psychologues, les psychiatres, les Maisons pour Tous (les MJ par exemple), les lignes d’écoute, les associations spécialisées (pour la dépression, les addictions, le suicide, etc.). Et puis il y a les ressources informelles : les amis, la famille, les collègues.
L’enjeu pour une entreprise : cartographier les ressources ET les communiquer. “Si tu ne vas pas bien, voici ce qu’il se passe : tu peux appeler cette ligne (numéro), tu peux demander à voir le médecin du travail (comment faire), tu peux en parler à ton manager (qui a été formé pour t’accueillir).”
Quand tout le monde sait où aller, ça change les choses.
Pourquoi les entreprises qui agissent maintenant gagneront
Le sujet monte en puissance : nouvelles lois sur la prévention des RPS, attente croissante des salariés (surtout les jeunes), pénurie de talents qui fait que les bonnes entreprises peuvent choisir où aller. Dans 5 ans, une entreprise qui ne parle pas de santé mentale sera perçue comme une entreprise à risque.
Les premières qui agissent maintenant deviennent des références. Elles attirent les talents. Elles gardent les gens. Elles créent une culture où la parole est possible. Et contrairement à ce qu’on pense, ce ne sont pas les plus grandes entreprises qui bougent les premières. Ce sont celles qui ont un leader sensibilisé au sujet.
Que coûte l’inaction en santé mentale ?
Une entreprise qui ne parle jamais de santé mentale paie un prix : les gens qui auraient pu rester partent, les meilleures recrues choisissent d’aller ailleurs, la productivité baisse, les accidents de travail augmentent, la qualité du travail diminue, les relations s’abiment.
Et puis il y a les cas graves : les crises suicidaires, les burn-out chroniques, les démissions en cascade. Parfois, c’est un jugement, une action en justice, une médiatisation. L’impact réputationnel est énorme.
Agir sur la santé mentale au travail n’est pas une fantaisie RSE. C’est de la gestion de risque basique.
Commencer aujourd’hui
Si ton entreprise n’a rien sur le sujet, commence petit :
Mois 1 : Sensibiliser les dirigeants et les managers. Leur faire entendre à quoi ça ressemble, pourquoi ça compte.
Mois 2-3 : Former les managers sur la méthode d’accompagnement (reconnaître, écouter, rediriger). Mettre en place une ligne d’écoute si elle n’existe pas déjà.
Mois 4+ : Sensibiliser les collaborateurs. Pas une formation. Une vraie conversation. Dédramatiser. Donner les ressources.
Et puis, entretenir. Parce que la santé mentale, c’est pas un projet. C’est une transformation culturelle. Ça prend du temps.
Catherine Testa propose des conférences sur ce sujet destinées à tout type d’audience (collaborateurs, managers, dirigeants) et des sensibilisations pensées spécifiquement pour vos enjeux.
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